29.07.2009

Exposition Max Ernst

Collage - Exposés à Orsay, les énigmatiques découpages-collages de Max Ernst fascinent par leur perfection.


L'été 1933, Max Ernst passe ses vacances en Italie, dans le château de la duchesse de Gramont. Pas question de farniente ! De la chambre voisine, se perçoit un cliquetis métallique : le bruit des ciseaux que Max Ernst actionne, de jour comme de nuit. Après La Femme 100 têtes et le Rêve d'une petite fille qui voulut entrer au Carmel, le peintre surréaliste s'obstine dans son credo du découpage-collage. Puisant dans les illustrations noir et blanc des romans-feuilletons du XIXe siècle, il détache figurines et paysages, les morcelle, les réassemble, bouleversant situations et décors.

La règle d'or de ces collages-bricolages ? Celle de Lautréamont, dans les Chants de Maldoror : « Beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d'un parapluie et d'une machine à coudre. » Sur la table de découpage d'Ernst se télescopent le Lion de Belfort et le sphinx de Gizeh, la Justine de Sade et Sherlock Holmes. Au total, 184 gravures, réunies en cinq livres. Ces énigmatiques puzzles n'avaient plus été vus depuis 1936. Ancien proche de Max Ernst, l'historien d'art allemand Werner Spies les expose à nouveau au musée d'Orsay. Commençant par le dernier jour, Une semaine de bonté inverse la Genèse, rejouant le scénario biblique à l'envers – en fait, pour un esprit pessimiste et lucide, vraiment à l'endroit. Le bien n'est que l'apparence trompeuse du mal, l'ordre celle du chaos. Titre se comprenant par antiphrase, Une semaine de bonté dénonce, en pleine montée du fascisme, la cruauté de l'Histoire, le sadisme du genre humain. Bien avant l'ordinateur, Max Ernst prophétise les vertus du couper-copier-coller. En les magnifiant avec une perfection, une imagination, un humour dont l'informatique ne saurait être capable.

Max Ernst [Arts - Peinture & Arts graphiques]
Lieu : Musée d'Orsay - Paris
Dates : du 30 Juin 2009 au 13 Septembre 2009

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19.09.2008

Expo "Alexandre et Louis XIV, Tissages de Gloire" aux Gobelin

Par Fabienne FAURBM_20070326115141375.npf.jpg20070514.FIG000000270_24175_1.jpggobelins_salle-ctp_vue-gene_GMA.jpg

PARIS (AFP) - La manufacture des Gobelins, dont la galerie d'exposition est rouverte depuis un an, continue à montrer ses trésors avec la présentation d'une pièce exceptionnelle réalisée sous Louis XIV, la tenture de l'Histoire d'Alexandre, jamais vue dans sa totalité depuis l'Ancien Régime.

"Alexandre et Louis XIV, Tissages de Gloire" (21 septembre-1er mars) présente les onze tapisseries monumentales (près de 5 mètres x 8) qui forment cette tenture présentée pour la première fois en 1677 "dans les cours du château de Versailles", dit à l'AFP le commissaire de l'exposition Jean Vittet.

Dès la fondation de la manufacture en 1662, son directeur Charles Le Brun veut "montrer la créativité et le savoir-faire" de l'établissement, dit M. Vittet. Le futur créateur du plafond de la galerie des glaces à Versailles "se consacre alors à dessiner les cartons de l'histoire d'Alexandre et le fait, c'est exceptionnel, lui-même, tout seul", ajoute-t-il.

Quelques dessins préparatoires et deux cartons peints sont exposés aux côtés des tapisseries, aux couleurs d'une fraîcheur éclatante, qui racontent les batailles d'Alexandre contre les Perses et sa conquête des Indes.

Les onze pièces, tendues au premier étage de la galerie des Gobelins, sont mises en scène par le décorateur Jacques Garcia, qui a choisi de donner une ambiance d'extérieur conforme à la présentation d'origine.

Grâce à de grands arbustes - faux - taillés en topiaires, le visiteur a l'impression de se promener dans un jardin dont le centre est orné d'un buste de Louis XIV, juché en haut d'une pyramide végétale.

Au rez-de-chaussée, l'exposition présente deux pièces de la tenture de "L'histoire du Roi", réalisée au même moment que celle d'Alexandre et glorifiant Louis XIV en guerre contre les Provinces unies.

Trois soies peintes monumentales, "uniques en France et peut-être au monde", dit le commissaire, brodées d'argent, évoquent le passage du Rhin. Leur utilisation du temps de Louis XIV est inconnue, mais on sait qu'elles ornaient le "cabinet du conseil du roi", conseil des ministres de l'époque, sous Louis XVI.

Le parcours, orné de meubles précieux, est rythmé par des arcs de triomphe. D'immenses portes de bois fermant autrefois le trésor du Garde-meuble royal, y sont accrochées. Des traces de la Révolution peuvent y être décelées. Ici, des fleurs de lys ont été grattées. Là, des rameaux d'olivier républicains remplacent les couronnes, fait remarquer M. Vittet.

Fermée depuis 35 ans, la galerie des Gobelins a été rouverte en mai 2007, présentant pour son exposition d'ouverture les plus beaux de ses trésors, tapisseries et mobilier ancien ou contemporain.

(42 avenue des Gobelins, 75013 Paris. Tlj sauf le lundi de 12h30 à 18h30. Entrée : 6 EUR, TR 4 EUR. Catalogue RMN, 112 pages. 20 euros)